Patrimoine Médard bourgault

Études, analyses et documents portant exclusivement sur Médard Bourgault, maître sculpteur de Saint-Jean-Port-Joli.

Des annonces récentes indiquent que la municipalité souhaite aménager un accès public au fleuve sur le Domaine Médard-Bourgault. Selon les informations diffusées publiquement, ce projet pourrait inclure différents aménagements permanents destinés à faciliter l’accès de la population, comme un escalier, des bancs, des poubelles et un aménagement du terrain.

À première vue, l’idée d’offrir un accès au fleuve peut sembler positive. Mais dans le cas précis du Domaine Médard-Bourgault, cette proposition soulève une question beaucoup plus profonde : celle de l’intégrité d’un lieu artistique.

Un lieu qui n’est pas un parc

Le jardin situé au bord du fleuve fait partie d’un ensemble qui possède une valeur particulière. À quelques pas de là se trouve une petite boutique où Médard Bourgault se retirait pour sculpter, notamment lorsqu’il souhaitait travailler dans le calme, loin de l’agitation des visiteurs.

L’accès à cet endroit se fait aujourd’hui par un escalier de pierre discret. Cette descente fait partie de l’expérience du lieu : on quitte progressivement le domaine pour entrer dans un espace plus intime, plus silencieux, presque retiré du monde.

Transformer cet accès en aménagement public change inévitablement la nature de cet endroit. Ce qui était un lieu discret lié à la création artistique risque de devenir un simple passage vers le fleuve.

Autrement dit, le lieu pourrait rester physiquement présent, mais perdre une partie de son sens.

Le sens du domaine repose sur l’ensemble formé par les œuvres, la maison, l’atelier et les bâtiments qui composent ce lieu.

Le Domaine Médard-Bourgault appartient à l’histoire de la sculpture québécoise. Si cet ensemble est profondément transformé, la manière dont l’œuvre est comprise change aussi. Transformer ce lieu revient, en partie, à transformer le sens même de l’œuvre.

La question de l’usage du lieu

Cela pose la question de l’usage du lieu et de la manière dont il évolue dans le temps.

Passer d’un jardin lié à un lieu de création artistique à un espace aménagé pour la circulation du public n’est pas une transformation anodine. C’est un changement qui peut modifier l’expérience du lieu et la façon dont il est perçu.

Prendre le temps de réfléchir

Le Domaine Médard-Bourgault n’est pas un terrain comme les autres. Il s’agit d’un lieu directement lié à l’histoire d’un sculpteur majeur et à une tradition artistique qui dépasse largement les frontières locales.

Avant de transformer cet espace en accès public aménagé, il semble raisonnable de se poser une question simple : sommes-nous en train de mettre en valeur ce lieu… ou de transformer profondément ce qu’il représente ?

Préserver un lieu artistique ne signifie pas nécessairement le fermer au public. Mais cela implique parfois de reconnaître que certains endroits tirent leur valeur précisément de leur simplicité, de leur discrétion et de leur authenticité.

C’est peut-être le cas ici.


AMBAndré Médard B

Il y a deux ans, j'ai passé plusieurs journées dans l'atelier d'André, au Vivoir, à Saint-Jean-Port-Joli.

J'avais une caméra. Lui, ses gouges.

extrait video.

Ce que j'ai filmé, c'est un processus complet — un tronc de tilleul brut qui devient, coup par coup, un visage de femme. Environ huit heures de travail entièrement filmées. Du premier trait de crayon à la dernière passe de ciseau.

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Une mémoire vivante est encore là, sur le domaine Médard Bourgault. À travers ces enregistrements, la parole d’André Médard donne accès, sans filtre, à une histoire qui n’a jamais été écrite ainsi.

6 heures de témoignages d’André Médard Bourgault — 18 fichiers audio classés, résumés et minutés, enregistrés sur le domaine familial

greve

André Médard a 85 ans. Il porte dans sa mémoire une connaissance intime et rare de Médard, de sa famille, de ses techniques, de son époque et de son territoire. Ces enregistrements ont été captés au fil de plusieurs rencontres, sur le domaine familial.

Ces enregistrements constituent une archive sonore directe, captée sur le lieu même où cette mémoire s’est construite.

Je suis le petit-fils de Médard Bourgault. J’ai passé une partie de ma jeunesse sur ce domaine, à m’y promener, à observer et parfois à y dormir. De ma naissance jusqu’à la période de la COVID, j’y ai célébré les principales fêtes chrétiennes, notamment Noël et Pâques.

En parallèle, j’ai travaillé sur des productions d’animation jeunesse (HBO, Radio-Canada), ce qui m’a permis de développer une capacité à structurer des récits et à mettre en valeur du contenu narratif.

Cette double proximité — personnelle et professionnelle — donne à ce travail une dimension d’échange vivant, ancré dans une expérience réelle du lieu et dans une capacité concrète à en transmettre la mémoire.

Les fichiers sont en cours de classement. Les résumés ci-dessous donnent un aperçu des sujets abordés dans chaque enregistrement. Les audio ne sont pas encore tous disponibles pour écoute publique.

Ces enregistrements ont été captés au Zoom H2 lors de rencontres informelles avec André Médard Bourgault, sur le domaine familial à Saint-Jean-Port-Joli. Les conversations n'étaient pas scriptées — André Médard parlait librement, guidé par les objets autour de lui, les pièces de la maison, le terrain. Il s’agit de captations brutes, sans mise en scène. Les fichiers sont classés par lieu et par date d'enregistrement. Les résumés sont établis à l'écoute, minutage par minutage. Les approximations de dates sont signalées — André Médard lui-même reconnaissait que Médard n'était pas toujours fiable sur les années.


Exemples de contenu

Les sections suivantes sont des exemples tirés des enregistrements. Elles illustrent comment les audio peuvent être utilisés pour construire des récits courts à partir d’éléments précis du domaine Médard Bourgault.

L’ensemble du corpus couvre un large éventail de sujets : les sculptures présentes sur le domaine, les différentes périodes de la vie de Médard et d’André Médard, la vie dans le village, les métiers, ainsi que la manière dont se vivait le quotidien au sein d’une grande famille. On y retrouve autant le bon que le moins bon — sans mise en scène.

Ces extraits montrent le potentiel du matériau audio à faire émerger des histoires complètes, à partir de fragments captés sur place.


Les routes de terre

En 1932, les routes sont encore en terre. Un couple de Rivière-du-Loup arrive jusqu'à Saint-Jean-Port-Joli et veut acheter une sculpture. C'est la première vente de Médard Bourgault. Il en tire 2 piastres. Le Québec est en pleine crise économique. André Médard se souvient de ce que valait 2 piastres à cette époque-là.


Le village

Saint-Jean-Port-Joli dans les années 30 et 40 — les bœufs et les chevaux pour labourer, le forgeron Fortin, l'Auberge du Faubourg, les touristes américains qui arrivent l'été, Jean-Marie Gauvreau et d'autres personnages importants de l'époque. André Médard en parle comme si c'était hier.


Avant la Révolution tranquille

Dans le Québec d'avant 1960, le clergé avait son mot à dire sur tout — y compris sur la longueur du pagne des crucifix. Les fils de Médard vivaient des commandes religieuses. Médard, lui, sculptait des nus sur la grève en cachette. André Médard raconte cette tension — entre la liberté d'un père et le gagne-pain de ses fils.


Les écoles ménagères

Dans les années 30, les filles de Médard fréquentaient l'école ménagère. C'était une institution — on y apprenait à tenir une maison, à coudre, à cuisiner. André Médard raconte comment ça se passait, ce que ses sœurs y vivaient, ce que ça dit du Québec de cette époque.


Le Montcalm

Avant de sculpter, Médard était marin. Il naviguait sur le Montcalm — un brise-glace sur le Saint-Laurent — et a traversé l'Atlantique avec un équipage anglais. Ce voyage en Europe, cette vie sur le fleuve, cette façon de voir le monde — tout ça se retrouve dans son œuvre. André Médard raconte les années marines de son père.


la longueur du pagne sur les crucifix

Le clergé qui commande des sculptures religieuses aux fils pendant que le père cache ses nus sous un drap. Puis le clergé qui négocie la longueur du pagne sur les crucifix. Et finalement Médard qui arrête de cacher — il assume.

C'est toute une époque dans cette tension-là. Le Québec d'avant la Révolution tranquille raconté à travers un drap et un pagne trop court.

André Médard porte ça avec humour et affection. C'est ce qui rend ces enregistrements vivants.


La banque audio est plus large que les extraits présentés ici et permet, à partir d’un même matériau, de structurer plusieurs récits complets.

Travail en cours d’archivage, de structuration et de mise en forme.


Fichier : 27 octobre 2021

https://archive.org/details/Andre-Medard-Bourgault-Temoignage-27-octobre-2021

Durée : 25 minutes

  • Début — Sculptures sur le mur — à identifier
  • 3:44 — L'horloge grand-mère — histoire détaillée
  • 5:00 — L'armoire fabriquée par Médard pour sa mère — histoire, contexte 1938
  • 9:00 — Médard dessinait directement sur le bois — absence de croquis
  • ~10-11:00 — Motifs et symboles — inspirations de la nature. Le chêne : force et beauté
  • 12:00 — La fougère — symbole de l'humilité, développement détaillé
  • 13:00 — Pièces ajoutées avec le temps — la lampe aux chiens, fabriquée par Claude
  • 15:00 — Procédés de l'époque — utilisation de la teinture, rôle et application des détails
  • 16:00 — Outil pour les poils — technique montrée par Jean-Julien à Jacques, un des fils de Médard
  • 17:00 — Les 3 murales — appartiennent à Janette, Carmelle et Murielle — datées vers 1938, à prendre avec réserve. Janette : sculptures avec petits visages très religieux, coupe-papier. Janette et Gertrude (cousine) faisaient du coloriage ensemble
  • 20:00 — Les Américains et la sculpture de Saint-Jean-Port-Joli — engouement dans les années 40
  • 21:00 — Les différents touristes à l'époque — les Canadiens français
  • 22:00 — Touristes qui louaient une résidence à l'Auberge du Faubourg — Jean-Marie Gauvreau et d'autres personnages importants de l'époque
  • 24:00 — ⚠️ Opinion forte d'André Médard — M. Bouverette achetait uniquement des sculptures faites à la machine. Ce qui a tué la sculpture à Saint-Jean-Port-Joli selon André Médard : la machine et le travail en série
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Peut-on encore créer « dans l’esprit de Médard Bourgault » sans renier notre époque ? La continuité avec un maître suppose-t-elle une fidélité au figuratif ? Une opposition à l’art contemporain ? Ou bien un engagement plus profond — esthétique, moral, spirituel ?

Ce texte propose une réflexion ouverte, ancrée dans les écrits de Médard Bourgault, son œuvre et les enjeux de la création actuelle.

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Dans le Québec d’aujourd’hui, pluraliste et en quête d’inclusion, la notion d’un art « canadien-français » ancré dans le patrimoine des Québécois de souche suscite à la fois admiration et questionnement. L’artiste-sculpteur Médard Bourgault (1897–1967), figure phare de la sculpture sur bois traditionnelle, a ardemment défendu un art national enraciné dans la vie rurale et la foi catholique de son peuple. Il souhaitait que son œuvre « représente l’identité québécoise »ethnologiequebec.org à travers des scènes de la vie paysanne, des symboles religieux et des images de l’histoire locale. À l’heure où la culture québécoise se redéfinit pour intégrer la diversité ethnique et répondre aux appels à la décolonisation, on peut se demander : l’idéal d’un art authentiquement de chez nous a-t-il encore un sens rassembleur, ou bien risque-t-il d’apparaître comme un repli exclusif et limitatif?

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Médard Bourgault (1897-1967) est un sculpteur sur bois emblématique du Québec dont le talent fut rapidement comparé à celui des grands maîtres. Comment cet ancien marin, devenu artiste autodidacte, a-t-il atteint une telle maîtrise ? Son journal personnel – un recueil d’écrits rédigés de sa jeunesse jusqu’à sa mort – nous éclaire sur sa méthode : observer inlassablement les œuvres des maîtres, analyser les formes sous tous les angles, et travailler avec rigueur et persévérance. À travers ses propres mots, nous découvrirons comment Bourgault s’inscrit dans la grande tradition de l’apprentissage en art figuratif, faite d’étude assidue des modèles, de répétition des exercices et de transposition créative. Son parcours illustre des valeurs intemporelles – la patience, l’exigence du regard et la passion du beau – toujours pertinentes dans la formation artistique actuelle.

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L’éducation artistique occupe une place centrale dans le Journal de Médard Bourgault. À travers ses réflexions sur la sculpture, la beauté et la jeunesse, il propose une véritable pédagogie : simple, exigeante, enracinée dans le Québec, et profondément tournée vers la transmission.

Ce texte rassemble — avec fidélité — les leçons qu’il adresse aux artistes, aux jeunes sculpteurs et à ceux qui veulent comprendre sa vision de l’art.

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Le Journal de Médard Bourgault est une source unique pour comprendre sa pensée, sa technique et sa vision de la sculpture au Québec. On y trouve ses conseils aux jeunes artistes, ses préférences pour les bois du pays, sa philosophie du beau et sa réflexion sur l’avenir de la sculpture traditionnelle. Ce texte rassemble ces idées de façon fidèle, en s’appuyant uniquement sur des passages réels de son journal.

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Quels bois Médard Bourgault préférait-il pour sculpter ? Merisier rouge, chêne, noyer, acajou canadien : voici son guide complet, basé sur son propre journal.


Introduction

Dans son Journal, Médard Bourgault ne parle pas seulement d’art et de foi : il donne aussi des conseils concrets sur le choix du bois, répond aux préjugés de son époque et affirme avec force la valeur des essences québécoises.

Ce guide rassemble — de façon claire et fidèle — tout ce que Médard a écrit sur les bois locaux, leur qualité et leur utilisation en sculpture.

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La mer respirait lentement ce soir-là, comme un animal immense. Médard, appuyé contre le bastingage, laissait la brume venir mouiller son visage. Il était jeune, encore, mais il avait déjà compris que la mer n’était pas un paysage : c’était une épreuve.

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