Le jardin de Médard Bourgault doit-il devenir un accès public au fleuve ?
Des annonces récentes indiquent que la COFEC souhaite aménager un accès public au fleuve sur le Domaine Médard-Bourgault. Selon les informations diffusées publiquement, ce projet pourrait inclure différents aménagements permanents destinés à faciliter l’accès de la population, comme un escalier, des bancs, des poubelles et un aménagement du terrain.
À première vue, l’idée d’offrir un accès au fleuve peut sembler positive. Mais dans le cas précis du Domaine Médard-Bourgault, cette proposition soulève une question beaucoup plus profonde : celle de l’intégrité d’un lieu artistique.
Un lieu qui n’est pas un parc
Le jardin situé au bord du fleuve fait partie d’un ensemble qui possède une valeur particulière. À quelques pas de là se trouve une petite boutique où Médard Bourgault se retirait pour sculpter, notamment lorsqu’il souhaitait travailler dans le calme, loin de l’agitation des visiteurs.
L’accès à cet endroit se fait aujourd’hui par un escalier de pierre discret. Cette descente fait partie de l’expérience du lieu : on quitte progressivement le domaine pour entrer dans un espace plus intime, plus silencieux, presque retiré du monde.
Transformer cet accès en aménagement public change inévitablement la nature de cet endroit. Ce qui était un lieu discret lié à la création artistique risque de devenir un simple passage vers le fleuve.
Autrement dit, le lieu pourrait rester physiquement présent, mais perdre une partie de son sens.
La question du changement d’usage
Cette situation soulève également une question juridique.
Le Domaine Médard-Bourgault a été vendu avec certaines obligations visant notamment à préserver le caractère du lieu. L’acte de vente prévoit entre autres que l’immeuble doit être conservé et entretenu, et que certaines modifications importantes ne peuvent être apportées sans consentement.
Dans ce contexte, la transformation du jardin en accès public permanent au fleuve pourrait soulever une question simple : est-ce que l’on change l’usage du site ?
Passer d’un jardin lié à un lieu de création artistique à un espace aménagé pour la circulation du public n’est pas une modification anodine. C’est un changement qui peut avoir des implications juridiques et patrimoniales.
Une situation contractuelle encore sensible
Un autre élément ajoute à la complexité de la situation. La transaction entourant le Domaine Médard-Bourgault n’est pas entièrement exempte de questions. Un avenant modifiant certaines modalités aurait été signé ultérieurement sans la présence d’un notaire.
Dans certaines circonstances, ce type de document peut être contesté ou soulever des difficultés juridiques. Si tel était le cas, toute transformation importante du site pourrait devenir problématique.
Ces aspects devront évidemment être examinés par des juristes.
Prendre le temps de réfléchir
Le Domaine Médard-Bourgault n’est pas un terrain comme les autres. Il s’agit d’un lieu directement lié à l’histoire d’un sculpteur majeur et à une tradition artistique qui dépasse largement les frontières locales.
Avant de transformer cet espace en accès public aménagé, il semble raisonnable de se poser une question simple : sommes-nous en train de mettre en valeur ce lieu… ou de transformer profondément ce qu’il représente ?
Préserver un lieu artistique ne signifie pas nécessairement le fermer au public. Mais cela implique parfois de reconnaître que certains endroits tirent leur valeur précisément de leur simplicité, de leur discrétion et de leur authenticité.
C’est peut-être le cas ici.