Le jardin de Médard Bourgault doit-il devenir un accès public au fleuve ?
Des annonces récentes indiquent que la municipalité de Saint-jean_port-Joli souhaite aménager un accès public au fleuve sur le Domaine Médard-Bourgault. Selon les informations diffusées publiquement, ce projet pourrait inclure différents aménagements permanents destinés à faciliter l’accès de la population, comme un escalier, des bancs, des poubelles et un aménagement du terrain.
À première vue, l’idée d’offrir un accès au fleuve peut sembler positive. Mais dans le cas précis du Domaine Médard-Bourgault, cette proposition soulève une question beaucoup plus profonde : celle de l’intégrité d’un lieu artistique.
Un lieu qui n’est pas un parc
Le jardin situé au bord du fleuve fait partie d’un ensemble qui possède une valeur particulière. À quelques pas de là se trouve une petite boutique où Médard Bourgault se retirait pour sculpter, notamment lorsqu’il souhaitait travailler dans le calme, loin de l’agitation des visiteurs.
L’accès à cet endroit se fait aujourd’hui par un escalier de pierre discret. Cette descente fait partie de l’expérience du lieu : on quitte progressivement le domaine pour entrer dans un espace plus intime, plus silencieux, presque retiré du monde.
Transformer cet accès en aménagement public change inévitablement la nature de cet endroit. Ce qui était un lieu discret lié à la création artistique risque de devenir un simple passage vers le fleuve.
Autrement dit, le lieu pourrait rester physiquement présent, mais perdre une partie de son sens.
Le sens du domaine repose sur l’ensemble formé par les œuvres, la maison, l’atelier et les bâtiments qui composent ce lieu.
Le Domaine Médard-Bourgault appartient à l’histoire de la sculpture québécoise. Si cet ensemble est profondément transformé, la manière dont l’œuvre est comprise change aussi. Transformer ce lieu revient, en partie, à transformer le sens même de l’œuvre.
La question de l’usage du lieu
Cela pose la question de l’usage du lieu et de la manière dont il évolue dans le temps.
Passer d’un jardin lié à un lieu de création artistique à un espace aménagé pour la circulation du public n’est pas une transformation anodine. C’est un changement qui peut modifier l’expérience du lieu et la façon dont il est perçu.
La destination du lieu
L’acte de vente notarié ne porte pas seulement sur la propriété du Domaine : il encadre aussi la destination du lieu, c’est-à-dire l’usage fondamental qui peut en être fait. Ce principe est inscrit dans l’acte et impose une limite claire : l’immeuble ne peut pas être transformé librement si cela modifie sa nature ou sa fonction sans autorisation préalable.
Un changement de destination ne se définit pas uniquement par des travaux visibles. Il se juge d’abord par l’usage réel du lieu. Un espace privé, lié à la création, discret et retiré, ne correspond pas au même usage qu’un lieu aménagé pour la circulation du public, avec accès facilité, fréquentation accrue et fonctions d’accueil.
Autrement dit, ce n’est pas la présence d’un escalier, d’un banc ou d’un aménagement en soi qui détermine la transformation du lieu, mais la fonction que ces éléments introduisent. Si l’usage passe d’un lieu de création à un lieu de passage, il y a potentiellement un changement de destination.
Cependant, cette notion comporte une limite importante : elle repose en partie sur une interprétation. La frontière entre amélioration du lieu et transformation de sa destination n’est pas toujours évidente et peut varier selon le contexte, les intentions et l’ampleur des aménagements.
Cette interprétation est d’abord faite par les parties elles-mêmes. En cas de désaccord, elle est analysée par des professionnels du droit. Mais en dernier ressort, ce sont les tribunaux qui tranchent, en se fondant sur le contenu de l’acte, l’intention initiale des parties et l’usage réel du lieu.
C’est précisément dans cet espace d’interprétation que se situe la question : sommes-nous en train d’adapter le lieu… ou d’en changer la nature ?
Prendre le temps de réfléchir
Le Domaine Médard-Bourgault n’est pas un terrain comme les autres. Il s’agit d’un lieu directement lié à l’histoire d’un sculpteur majeur et à une tradition artistique qui dépasse largement les frontières locales.
Avant de transformer cet espace en accès public aménagé, il semble raisonnable de se poser une question simple : sommes-nous en train de mettre en valeur ce lieu… ou de transformer profondément ce qu’il représente ?
Préserver un lieu artistique ne signifie pas nécessairement le fermer au public. Mais cela implique parfois de reconnaître que certains endroits tirent leur valeur précisément de leur simplicité, de leur discrétion et de leur authenticité.
C’est peut-être le cas ici.
Raphaël Maltais Bourgault
Pour comprendre le Domaine Médard Bourgault
Ces pages permettent de découvrir le domaine, son histoire, et les enjeux actuels à travers des archives, des analyses et des témoignages directs.
Archives et mémoire du lieu → Domaine Médard Bourgault — archives sonores et témoignages d’André Médard Bourgault Enregistrements réalisés sur le domaine, retraçant la vie, les gestes et la mémoire du lieu.
Analyses et situation actuelle → Domaine Médard Bourgault — analyses et enjeux actuels Réflexions et mises à jour sur les enjeux en cours.
Savoir et transmission → André Médard Bourgault — classe de maître complète en sculpture sur bois → Médard Bourgault — éducation artistique, principes, beauté et transmission Comprendre la pratique, la transmission et la vision artistique de Médard Bourgault.
Récit et contexte historique → Médard Bourgault — récit en mer inspiré de son journal (1913–1918) Un récit basé sur ses écrits, qui éclaire une période peu connue de sa vie.
Enjeu actuel du domaine → Domaine Médard Bourgault — le jardin doit-il devenir un accès public au fleuve ? Une question concrète sur l’avenir et l’usage du lieu.