Peut-on changer le titre d’une œuvre pour la rendre acceptable au regard actuel?

Certaines œuvres de Médard Bourgault peuvent aujourd’hui susciter des réactions. Des titres comme La naissance d’une race ou L’ébauche d’une race peuvent, à première lecture, heurter une partie du public.

Ce constat est réel. Il ne doit pas être ignoré.

Mais il pose une question plus importante :

peut-on modifier le titre d’une œuvre pour éviter qu’elle dérange aujourd’hui?

La question semble simple. Mais elle engage directement la manière dont une société choisit de traiter son propre patrimoine. Un titre ne se corrige pas. Il se comprend.


Un mot, deux époques

Le mot « race » suscite aujourd’hui des réactions immédiates. Il est chargé d’un sens contemporain qui n’est pas celui qu’il portait autrefois.

Il peut, dans le contexte actuel, être perçu comme sensible ou problématique. Mais cette perception ne suffit pas à en définir le sens dans une œuvre issue d’une autre époque.

Dans le contexte de Médard Bourgault, ce mot renvoie à une réalité différente. Il s’inscrit dans une époque où l’on parlait de la « race canadienne-française » pour désigner :

Ignorer ce décalage de sens revient à substituer une interprétation actuelle à la signification originale.


Le titre fait partie de l’œuvre

Un titre n’est pas un élément secondaire ou interchangeable. Il fait partie intégrante de l’œuvre, au même titre que sa forme ou son matériau.

Changer un titre :

Et modifier une œuvre ne consiste pas à la rendre plus claire, mais à en altérer le sens.

Une œuvre dont le titre est transformé n’est plus tout à fait l’œuvre d’origine, mais une version adaptée.


Comprendre plutôt que remplacer

Il existe une distinction essentielle :

Expliquer un mot, c’est en restituer le sens. Le remplacer, c’est renoncer à le comprendre.

Dans un cas, on assume la complexité du réel. Dans l’autre, on la simplifie au risque de la déformer.

Or, la mission d’un lieu patrimonial n’est pas de simplifier, mais de transmettre avec exactitude.


Le principe d’intégrité

La conservation du patrimoine repose sur un principe fondamental : l’intégrité des œuvres.

Cette intégrité ne concerne pas uniquement les objets eux-mêmes, mais aussi :

Modifier un titre pour des raisons de perception actuelle introduit un critère variable — celui du moment — dans un domaine qui exige au contraire stabilité et rigueur.

Si ce principe est abandonné ici, il devient difficile de définir où s’arrête l’adaptation.


Le risque de transformation progressive

Adapter une œuvre pour la rendre acceptable aujourd’hui peut sembler justifié à court terme.

Mais ce geste ouvre une logique plus large :

Progressivement, l’œuvre cesse d’être transmise telle qu’elle a été créée.

Elle devient le produit d’ajustements successifs.

Un patrimoine transformé de cette manière ne reflète plus une époque, mais les sensibilités changeantes de celles qui la suivent.


Responsabilité du regard

Lire une œuvre implique un effort.

Les mots évoluent. Leur sens change. Ils peuvent susciter aujourd’hui des réactions qu’ils ne suscitaient pas à l’origine.

Mais cette évolution du regard ne justifie pas la transformation des œuvres.

Elle exige au contraire :


Ce qui est en jeu

La question n’est pas de savoir si certains mots dérangent aujourd’hui.

La vraie question est :

souhaite-t-on transmettre fidèlement une œuvre, ou souhaite-t-on l’adapter pour qu’elle ne dérange plus?

Dans un cas, on préserve le patrimoine. Dans l’autre, on en modifie progressivement le sens.


Conclusion

Les titres des œuvres de Médard Bourgault doivent être maintenus dans leur forme originale.

Non par refus du présent, mais par exigence de fidélité à l’œuvre.

Les modifier ne protège pas le public. Cela remplace la compréhension par une adaptation.

Et une œuvre adaptée n’est plus tout à fait une œuvre transmise.


Raphaël Maltais Bourgault