Lionel Groulx, Médard Bourgault et le mot « race »
Certains mots dans l’œuvre de Médard Bourgault dérangent aujourd’hui.
Le mot « race », en particulier, suscite des réactions immédiates.
Pour le comprendre, il faut revenir à une figure centrale du contexte intellectuel de l’époque : Lionel Groulx.
Un intellectuel majeur de son époque
Lionel Groulx (1878–1967) est un prêtre, historien et penseur influent au Québec.
Pendant la première moitié du XXe siècle, il joue un rôle important dans la réflexion sur :
- l’identité canadienne-française
- la survivance culturelle
- la transmission de l’histoire
Ses écrits ont marqué toute une génération.
Aujourd’hui, Lionel Groulx est une figure discutée. Son importance dans l’histoire intellectuelle du Québec est reconnue, mais certaines de ses idées sont relues de manière critique.
Une pensée située dans un contexte précis
À l’époque de Groulx, les Canadiens français se perçoivent comme une minorité fragile en Amérique du Nord.
Leur langue, leur culture et leur continuité historique semblent menacées.
Dans ce contexte, certains mots prennent un sens particulier.
Le mot « race », notamment, est utilisé pour désigner :
- un peuple
- une communauté historique
- une continuité culturelle
Il ne renvoie pas uniquement à une idée biologique, comme c’est souvent le cas aujourd’hui.
Le mot « race » chez Groulx
Chez Lionel Groulx, « race » est un mot chargé, mais son usage est lié à une volonté de définir une identité collective.
Il sert à nommer :
- un groupe distinct
- une mémoire commune
- une manière d’exister dans le temps
Il s’inscrit dans une logique de survivance, plus que dans une logique de domination.
Une influence réelle
Cette manière de penser a circulé largement dans la société québécoise.
Elle a influencé :
- les discours
- les écrits
- et, indirectement, les artistes
Médard Bourgault connaissait ces idées.
Il appréciait Lionel Groulx, comme plusieurs créateurs de son époque.
Médard Bourgault dans son contexte
Médard Bourgault n’est pas un théoricien.
Mais il évolue dans un environnement où ces mots et ces concepts existent.
Ses œuvres et leurs titres ne sont pas détachés de ce contexte.
Ils en portent certaines traces.
Le décalage aujourd’hui
Aujourd’hui, le mot « race » est compris autrement.
Il est associé à :
- des dérives idéologiques
- des classifications rigides
- des formes d’exclusion
Ce sens contemporain n’est pas celui du début du XXe siècle.
Une lecture à ajuster
Lorsque l’on rencontre ce mot dans une œuvre ancienne, un choix se présente :
- le juger immédiatement avec le sens actuel
- ou tenter de comprendre ce qu’il signifiait dans son contexte
Ce choix change entièrement la lecture.
Comprendre sans adopter
Comprendre l’usage du mot « race » chez Groulx — et dans le contexte de Médard Bourgault — ne signifie pas :
- le reprendre aujourd’hui
- le défendre tel quel
Cela signifie simplement :
👉 reconnaître qu’un mot peut changer de sens 👉 et que les œuvres portent la marque de leur époque
Conclusion
Les titres des œuvres de Médard Bourgault ne sont pas des accidents.
Ils sont liés à un moment précis de l’histoire intellectuelle du Québec.
Les modifier, c’est risquer d’effacer une partie de ce contexte.
Les comprendre, c’est accepter que le passé ne parle pas toujours avec les mots du présent.
Raphaël Maltais Bourgault