MANIFESTE pour la protection du Domaine Médard-Bourgault


Un projet culturel est aujourd’hui construit autour du Domaine Médard-Bourgault alors que la transaction de ce lieu n’est pas terminée.

Cette situation soulève une question simple : qui protège réellement le Domaine Médard-Bourgault ?

Je suis le petit-fils de Médard Bourgault et je publie ce manifeste pour poser publiquement cette question.

Le Domaine Médard-Bourgault n’est pas un simple site culturel. C’est le lieu où une œuvre majeure de la sculpture québécoise a pris forme.


Le Domaine Médard-Bourgault

Le Domaine Médard-Bourgault n’est pas un terrain comme les autres.

C’est le lieu où Médard Bourgault a vécu, travaillé et élevé sa famille.

On y trouve la maison familiale, une chapelle, des chalets et une petite boutique qui lui servait d’atelier.

Chaque bâtiment avait une fonction dans sa vie et dans son travail.

Le domaine est donc à la fois :

• un lieu habité • un lieu de création • un lieu de mémoire

Les sculptures y sont encore aujourd’hui.

Le sens du domaine repose sur l’ensemble formé par les œuvres, la maison, l’atelier et les bâtiments qui composent ce lieu.


L’œuvre de Médard Bourgault

Dans son journal, Médard Bourgault parle de la formation de l’artiste.

Il écrit :

« J’appris à différencier le beau du laid. »

Pour lui, la sculpture commence par le regard.

Observer la nature. Observer la figure humaine. Comprendre l’expression d’un visage.

La sculpture doit rester lisible. Elle doit respecter la dignité du sujet.

Dans son œuvre, la figure de la Vierge Marie occupe une place importante. Elle incarne la douceur, la dignité et la beauté humaine.

Médard répétait une chose simple :

faire de son œuvre ce qu’il y a de plus beau.

La beauté n’est pas un décor. Elle révèle la vérité du sujet.

Il rappelait aussi que la sculpture exige du travail.

Il écrit :

« La persévérance est la mère des grands bâtisseurs de pays. »

La sculpture repose sur l’observation, la maîtrise du bois et la persévérance.

C’est ainsi qu’est née la tradition de sculpture associée à la famille Bourgault.


Le sens du domaine

Le domaine est le lieu où cette œuvre a pris forme.

Ce n’est pas seulement un site culturel. C’est un lieu où une œuvre a été vécue.

La maison, l’atelier, les sculptures et les bâtiments racontent cette histoire.

La valeur du domaine repose sur cet ensemble.

L’œuvre de Médard Bourgault et le lieu où elle s’est développée dépassent le cadre d’une seule municipalité. Elles font partie du patrimoine culturel du Québec.

Aucune municipalité ne peut exercer un monopole symbolique sur une œuvre dont la portée dépasse largement son territoire.

Le Domaine Médard-Bourgault appartient à l’histoire de la sculpture québécoise.

Si cet ensemble est profondément transformé, la manière dont l’œuvre est comprise change aussi.

Transformer ce lieu revient à transformer le sens même de l’œuvre.


La situation actuelle

Le domaine appartient aujourd’hui à la Corporation des fêtes, événements et espaces culturels de Saint-Jean-Port-Joli (COFEC).

La mission de cet organisme est liée à l’organisation d’événements culturels et au développement touristique.

Le domaine est appelé à être intégré à ce projet.

Cependant, une part importante du prix de vente du domaine demeure impayée.

Le calendrier prévu dans l’acte de vente notarié a été modifié par un avenant signé hors notaire qui repousse les paiements principaux sur plusieurs années.

Cette modification change l’équilibre initial de la transaction et maintient André Médard directement exposé aux risques financiers liés à cette situation.

Le projet repose donc sur l’utilisation d’un lieu dont la transaction n’est pas terminée.

Autrement dit, l’avenir du Domaine Médard-Bourgault dépend aujourd’hui d’une situation juridique et financière qui demeure incertaine.


André Médard

André Médard, fils de Médard Bourgault, a consacré une grande partie de sa vie à préserver ce lieu.

Il a maintenu les sculptures, les bâtiments et l’esprit du domaine.

Aujourd’hui âgé de plus de quatre-vingts ans, il demeure directement lié à la transaction et aux obligations financières qui y sont associées.


Deux logiques

La situation actuelle met en présence deux logiques incompatibles.

La première est patrimoniale. Elle consiste à protéger un lieu directement lié à une œuvre artistique et à son histoire.

La seconde est événementielle et institutionnelle. Elle consiste à développer un projet culturel et touristique fondé sur des activités, des événements et des revenus.

Ces deux logiques ne poursuivent pas la même finalité.

Un organisme d’événements doit attirer du public, programmer des activités et générer des revenus.

Un tel modèle dépend de partenaires financiers, de subventions et de soutiens institutionnels.

Ces appuis créent des attentes et exercent inévitablement des pressions sur l’usage des lieux.

Dans ce contexte, certains aménagements peuvent être envisagés pour rendre le site plus accessible ou plus fréquenté.

Par exemple, aménager un accès public ou transformer le domaine afin de faciliter la fréquentation de la population modifierait nécessairement la fonction du lieu.

Un lieu de vie et de création deviendrait alors un espace de circulation publique.

Or préserver un patrimoine ne consiste pas à modifier la nature d’un lieu pour répondre à un nouvel usage.

Un lieu d’artiste repose sur une priorité différente :

la préservation de son intégrité.


La question de la protection

La propriété privée seule ne garantit pas la protection d’un lieu comme celui-ci.

Un bien privé peut être vendu. Il peut être transformé. Il peut changer de vocation.

Un lieu d’artiste exige une protection structurée et permanente.


LA SOLUTION

La protection durable du Domaine Médard-Bourgault exige la création d’une Fiducie André Médard Bourgault.

Cette fiducie aura pour mission :

• préserver les bâtiments et les sculptures • maintenir l’intégrité du lieu • assurer la transmission de l’œuvre de Médard Bourgault

Elle protégera le domaine des pressions financières et institutionnelles.

Elle garantira que l’avenir du Domaine Médard-Bourgault ne dépendra pas d’un projet événementiel, mais de la conservation du lieu et de l’œuvre qui y est née.


Conclusion

Le Domaine Médard-Bourgault n’est pas un immeuble ordinaire.

C’est un lieu où une œuvre artistique s’est développée et où une tradition de sculpture a pris forme.

La question posée aujourd’hui est simple :

qui garantit la protection durable de ce lieu ?

La réponse est claire :

ce lieu doit être protégé de manière permanente.

Son sens, son histoire et l’œuvre qui y est née ne doivent pas dépendre des circonstances, des pressions financières ou des impératifs d’un projet événementiel.

Un lieu d’artiste ne se recrée pas.


Raphaël Maltais Bourgault 7 mars 2026